Histoire du CIVB -

Ce programme de recherche à moyen terme vise à reconstituer l’histoire du Centre interprofessionnel des vins de Bordeaux et à préciser l’évolution d’une organisation de représentation des intérêts des professions viti-vinicoles.


 J’avais été contacté vers 1996 par le CIVB, créé en 1948 officiellement - mais en fait en 1943 - pour préparer son Histoire, en vue du cinquantenaire devant intervenir en 1998. Mais j’avais pris du retard dans mes activités et quelque froissement avec le délégué général de cet établissement m’a conduit à faire une pause dans ce projet, alors même qu’un été était en train de se libérer pour lui… Néanmoins, entre-temps, j’avais investi massivement pour consulter les archives du CIVB déposées aux Archives départementales de la Gironde, regroupant les procès-verbaux de nombreuses séances de travail des différents services ; j’avais également consulté les rapports annuels et les procès-verbaux des séances du conseil d’administration et du comité de direction, déposés au Siège. Enfin, j’avais conduit une large enquête d’histoire orale auprès de plusieurs dizaines d’acteurs de la profession du vin (viticulteurs, courtiers, négociants, etc.) dans les années 1960-1980 – dont plusieurs sont décédés depuis lors. Je dispose ainsi d’un énorme stock documentaire, qui va déboucher sur un livre dans le courant de l’année 2007-2008. L’objectif est de préciser une chronologie, mais aussi, dans la ligne de l’histoire d’institutions et d’entreprises (institutional and business history), de reconstituer les rapports de forces et les jeux d’influence qui ont structuré l’histoire de cette organisation de représentation des intérêts des professions viti-vinicoles.

 

L’originalité de l’histoire de l’économie du vin girondin est qu’elle a été assumé essentiellement par des géographes de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3 alors que, sur d’autres places, ce sont des historiens qui ont conduit l’histoire viti-vinicole (Rémy Pech à Toulouse, Gilbert Garrier à Lyon, Geneviève Gavignaud à Montpellier, etc.). L’école de géographie de Bordeaux a comporté en effet une robuste école de géographie régionale qui (dans la lignée de Vidal de Lablache) s’est attachée à reconstituer l’arrière-fonds historique de l’évolution des paysages et des agents de modification de ces paysages. René Pijassou a consacré son immense thèse à l’histoire du vignoble médocain (et à celle de Château Latour) ; mais c’est surtout Philippe Roudié qui a développé cette école géographique avec talent et efficacité, avec une thèse sur l’histoire du vignoble girondin et des structures de la production, donc une histoire mi-économique mi-sociale ; avec de nombreux articles ou chapitres de livres collectifs ; avec plusieurs colloques. Aujourd’hui à la retraite, il continue à animer cette école, avec son successeur Jean-Claude Hennewinkel et avec Michel Rejalot ; il a ainsi publié avec le premier une histoire des coopératives vinicoles girondines (Une empreinte dans le vignoble).

Chez les historiens, seuls les antiquisants et les médiévistes ont étudié le vignoble de jadis. Les historiens de l’art ont multiplié les études sur les châteaux et les ornements liés à la vigne. Chez les modernistes, seul véritablement Paul Butel s’est consacré au monde du vin, mais par l’histoire du commerce ultramarin et par l’histoire de la bourgeoisie négociante, du dix-huitième siècle au milieu du dix-neuvième siècle essentiellement (par exemple sur la société Schröder & Schyler) ; il a aussi écrit des articles et un livre multigraphié sur l’histoire de Hine et de Hennessy, les maisons de cognac (avec des étudiants de maîtrise et son collègue …géographe Christian Huetz de Lemps).

Je n’ai bien évidemment pas la prétention de m’affirmer comme « historien du vin girondin » ; c’est en effet seulement « par la bande » que j’ai abordé l’économie du vin, par le biais de l’histoire de l’économie bancaire : mes livres (et articles) sur l’histoire du Crédit agricole en Gironde (et en Lot-et-Garonne), sur l’histoire de la Société bordelaise de CIC et sur diverses maisons bordelaises et libournaises m’ont permis des développements sur l’histoire du monde des producteurs et du monde des négociants (voir la bibliographie, par exemple le chapitre : « Coffres et barriques » dans un ouvrage dirigé par Philippe Roudié). J’ai enfin touché aux alcools par le biais de mon livre sur l’histoire de Marie Brizard et d’un article consacré à l’histoire de la société de cognac Courvoisier (sur la base d’un mémoire de maîtrise) (voir la bibliographie).